L'essentiel
- Les risques de masse réunissent un grand nombre de risques comparables, dont les sinistres sont nombreux et de faible intensité unitaire.
- Ils s'opposent aux grands risques, peu nombreux, hétérogènes et négociés un par un.
- La qualité de la mutualisation ne dispense pas de segmenter : c'est la segmentation qui fait la tarification.
- Les dérives y sont lentes, mais le volume permet de les détecter avant qu'elles ne deviennent structurelles.
- La sinistralité étant essentiellement attritionnelle, les méthodes statistiques de provisionnement y sont robustes tant que les modes de gestion restent stables.
- La distribution est déléguée et la dérogation tarifaire courante : l'encadrement des délégations fait partie de la technique.
Le cadre
Les risques de masse réunissent un grand nombre de risques individuels comparables, dont la plupart des sinistres sont de faible intensité et dont les sinistres graves demeurent rares. Ils concernent principalement les particuliers, les artisans et les petites entreprises : assurance automobile, multirisque habitation, remboursement de frais de soins.
Ils s'opposent aux grands risques, catégorie que le code des assurances définit par la branche concernée et, pour certaines branches, par la taille de l'entreprise assurée. Ces derniers sont peu nombreux, hétérogènes et négociés un par un.
La mutualisation y est d'autant meilleure que les risques sont nombreux et faiblement dépendants les uns des autres. C'est à cette double condition que la loi des grands nombres produit son effet, la charge observée se rapprochant de la charge attendue.
La simplicité du produit ouvre la distribution à tous les canaux, et l'intermédiaire dispose le plus souvent d'une délégation de souscription, assortie de la faculté de déroger à la prime indiquée par l'outil de tarification.
La segmentation et le tarif
Le nombre d'assurés permet de constituer des groupes de risques homogènes, par croisement de la base des contrats et de la base des sinistres. Chaque classe doit être assez fournie pour que les études soient significatives et assez fine pour discriminer la sinistralité.
La qualité des données commande tout le reste : champs manquants, valeurs erronées et ruptures de nomenclature ruinent l'exercice, en particulier après un rapprochement d'entreprises dont les référentiels diffèrent.
Certaines variables sont fermées : la différenciation des primes et des prestations selon le sexe est interdite, et les règles propres aux contrats solidaires interdisent de subordonner la cotisation à l'état de santé.
Le tarif ne se construit pas sur la sinistralité brute. Les sinistres les plus lourds sont écrêtés, puis réintégrés sous forme d'un chargement calculé sur une période longue, faute de quoi le tarif suivrait les accidents d'un seul exercice.
Le suivi et le provisionnement
Les augmentations brutales de fréquence ou de coût moyen sont rares sur ces portefeuilles. Le risque tient plutôt à des dérives lentes, qui ne deviennent visibles qu'après plusieurs exercices.
Le volume permet de les détecter tôt, à condition d'un suivi régulier par tableaux de bord tenus par classe de risque et par canal, une moyenne globale masquant les segments qui se dégradent.
Le nombre de sinistres impose une gestion largement automatisée, qui raccourcit les délais de règlement. Des conventions entre organismes normalisent en outre l'indemnisation et les recours pour les sinistres les plus courants.
Le volume et la rapidité des règlements rendent les méthodes statistiques robustes : cadences de règlement, coûts moyens par exercice de survenance, estimation des tardifs. Ces travaux alimentent la provision pour sinistres à payer comme la meilleure estimation.
Les mesures correctrices sont connues, et leur effet ne se lit dans les comptes qu'avec un décalage.
- Révision du tarif, générale ou limitée à certaines classes.
- Fermeture de segments à la souscription et révision des normes de souscription.
- Modification des franchises, des plafonds ou du champ des garanties.
- Traitement individuel des risques les plus dégradés, par majoration ou par résiliation, selon des règles écrites.
La place de la réassurance
La faible volatilité de ces portefeuilles change l'objet de la réassurance : elle ne sert pas d'abord à rendre le risque supportable, mais à en écrêter les extrêmes et à allouer les capitaux.
Les sinistres majeurs susceptibles de survenir sont généralement identifiables à l'avance, ce qui permet de confronter les priorités et les portées retenues à la sinistralité possible. Pour les événements naturels, le nombre de reconstitutions de garantie mérite autant d'attention que la portée du traité.
Un traité en quote-part conclu sur un portefeuille peu volatil doit être examiné pour lui-même. L'atténuation du risque n'est reconnue dans le calcul du capital de solvabilité requis que si le transfert est effectif, et non lorsque le traité se réduit à un financement ou à une contrepartie donnée au réassureur.
- Écrêter les sinistres graves par un traité en excédent de sinistre par risque, dont la priorité est calée sur les fonds propres.
- Protéger le portefeuille contre un événement touchant de nombreux risques à la fois, par un traité en excédent de sinistre par événement.
- Partager le risque de tarif sur un segment dont la sinistralité n'est pas stabilisée.
Zones de vigilance
Qualité et stabilité des données
La segmentation ne vaut que ce que vaut la base qui la nourrit. Le taux de champs manquants sur les variables tarifaires, la cohérence des nomenclatures dans le temps et le rapprochement entre base de contrats et base de sinistres doivent être mesurés, et non supposés. L'abandon d'une variable usuelle, comme le recours à une variable rare, appelle une justification écrite.
Délégations de souscription
La délégation consentie aux intermédiaires porte à la fois sur l'acceptation du risque et sur le prix. L'amplitude des dérogations et le niveau qui les accorde doivent être écrits, et l'écart entre la prime indiquée par l'outil et la prime réellement émise doit être suivi par délégataire.
Sinistres graves et écrêtement
Le seuil d'écrêtement et le mode de réintégration de la charge écrêtée déterminent une part du tarif. Ce seuil doit reposer sur une règle stable, cohérente avec la priorité du traité de réassurance, et sa révision doit être justifiée.
Changements de méthode de gestion
L'accélération d'une chaîne de règlement, la modification d'un barème d'évaluation ou l'entrée dans une convention de règlement forfaitaire déforment les cadences et les coûts moyens. Ces changements doivent être identifiés et neutralisés dans les données servant au provisionnement, faute de quoi la provision suit un artefact de gestion.
Résiliation à tout moment
La faculté de résilier sans frais après la première année, ouverte pour certaines branches aux contrats souscrits hors activité professionnelle, raccourcit la durée de vie des contrats et affaiblit l'effet des mesures tarifaires, les assurés les moins risqués étant les plus mobiles. Elle pèse sur l'amortissement des frais d'acquisition et sur la projection des primes futures.
Points d'audit
Les questions à poser, et à documenter, lors d'une revue interne ou externe.
- Les classes de risques utilisées pour la tarification sont-elles définies par écrit, avec l'effectif et la sinistralité de chacune ?
- La base des contrats et la base des sinistres se rapprochent-elles, et le taux de champs manquants sur les variables tarifaires est-il mesuré ?
- Le tarif est-il construit après écrêtement des sinistres graves, et le chargement correspondant est-il calculé sur une période suffisamment longue ?
- Les délégations de souscription et les pouvoirs de dérogation tarifaire sont-ils écrits, plafonnés et contrôlés a posteriori ?
- Le résultat technique est-il suivi par classe de risque, par canal de distribution et par délégataire ?
- Les risques individuels les plus dégradés font-ils l'objet de règles écrites de majoration ou de résiliation, et ces règles sont-elles appliquées ?
- Les changements de méthode de gestion des sinistres sont-ils identifiés et neutralisés dans les cadences servant au provisionnement ?
- Les traités en quote-part comportent-ils un transfert de risque effectif, et cet examen est-il documenté ?