L’essentiel
- Le principe de la personne prudente exige de n'investir que dans des actifs dont on peut identifier, mesurer, suivre et déclarer les risques ; un produit que l'on ne sait pas décomposer ne remplit pas cette condition.
- Un produit structuré se décompose en une partie taux et une partie optionnelle ; l'investisseur est souvent vendeur d'options, contre un coupon majoré.
- Liquidité et valorisation dépendent de la banque arrangeuse ; une valorisation indépendante est nécessaire.
- Le classement comptable dépend de la garantie du capital et de la nature de l'indexation ; la plupart des produits ne relèvent pas des titres amortissables.
- En unités de compte, la complexité du produit engage le devoir de conseil et la gouvernance des produits.
De quoi parle-t-on
Trois familles se distinguent selon ce qui est garanti : le capital mais pas les coupons, les coupons mais pas le capital, ni l'un ni l'autre. Les structures à capital non garanti, dites reverse convertible, rémunèrent la vente d'une option par un coupon élevé. Les produits à remboursement anticipé automatique, ou autocall, combinent un coupon conditionnel, une barrière de protection et un rappel dès que le sous-jacent atteint un seuil.
La partie optionnelle, qui fait la singularité du produit, combine des options simples et des options plus complexes : à barrière, digitales, asiatiques, sur écart de taux, sur panier, sur volatilité ou sur corrélation. Certains titres reposent sur plusieurs contreparties : un émetteur pour le capital, un autre pour les coupons, un véhicule ad hoc pour l'ensemble.
Les risques qui en découlent sont de cinq ordres : un risque de marché souvent caché, lorsque le coupon dépend d'un indice d'actions déjà présent dans le portefeuille ; un risque de contrepartie sur l'émetteur et sur le garant ; un risque de liquidité, la seule contrepartie étant en général la banque arrangeuse ; un risque de valorisation, la valeur étant calculée par cette même banque ; un risque de réinvestissement, lorsque le produit est rappelé au moment où les conditions de marché sont les moins favorables.
Ce que prévoient les textes
- Directive 2009/138/CE, article 132 (principe de la personne prudente ; instruments dérivés admis pour la réduction des risques ou la gestion efficace du portefeuille) ; article 75 (valorisation des actifs à la valeur économique).
- Règlement délégué (UE) 2015/35 : article 84 (approche par transparence), articles 9 et 10 (méthodes de valorisation et hiérarchie des données), module de risque de marché (taux, actions, marge de crédit, concentration) et traitement des positions de titrisation.
- Code des assurances, article L. 353-1 (personne prudente), articles R. 343-9 et R. 343-10 (titres amortissables et autres placements dans les comptes annuels), règlement ANC n° 2015-11 (évaluation, dépréciation durable, réserve de capitalisation).
- Unités de compte : code des assurances, articles L. 131-1 et R. 131-1 (actifs éligibles et protection de l'épargne) ; règlement (UE) n° 1286/2014 (document d'informations clés) ; directive (UE) 2016/97 (gouvernance des produits, marché cible, devoir de conseil).
Zones d'attention
- des produits structurés non identifiés comme tels dans l'inventaire des placements : titres EMTN ou BMTN, émetteurs financiers ou véhicules ad hoc classés en obligations classiques ;
- l'absence de décomposition du produit et de scénarios de perte écrits ;
- une valorisation unique fournie par l'arrangeur, sans contre-valorisation, et une clause de liquidité limitée aux conditions normales de marché ;
- un achat sans mise en concurrence, au prix proposé par la banque qui sollicite l'organisme ;
- des produits sur mesure adossés à plusieurs contreparties dans un même véhicule, dont le risque n'est pas analysé par transparence ;
- une concentration sur quelques signatures bancaires, à l'actif général comme en unités de compte ;
- un classement en titres amortissables de produits dont le rendement dépend d'indices d'actions ou de la pente de la courbe des taux ;
- des coupons élevés les premières années au détriment du rendement de long terme, et un risque de rappel anticipé non pris en compte dans la gestion actif-passif ;
- en unités de compte, un marché cible mal défini, une information précontractuelle insuffisante et des frais peu lisibles.
Les questions à se poser
- Pouvons-nous écrire, pour chaque produit détenu, la formule de coupon et de remboursement, et les scénarios dans lesquels nous perdons ?
- Quelle part de notre portefeuille de taux est constituée de titres structurés, et quelle exposition aux actions en résulte, par transparence ?
- Disposons-nous d'une valorisation indépendante de l'arrangeur, et quel écart constatons-nous ?
- Le classement comptable et le traitement prudentiel de chaque produit ont-ils été validés et documentés ?
- Qui a autorisé l'investissement, sur la base de quelle analyse actif-passif et de quelle mise en concurrence ?
- Pour les produits proposés en unités de compte, à quels clients sont-ils destinés, et comment le vérifions-nous ?
Ce que le cabinet apporte
- analyse indépendante des produits structurés détenus ou proposés : décomposition, scénarios, contreparties ;
- revue du traitement prudentiel, transparence et modules de risque de marché, et du classement comptable ;
- politique de placement, limites et procédure de mise en concurrence ;
- revue de l'offre en unités de compte au regard de la gouvernance des produits.